lundi 4 août 2008

Aguirre, ou la colère de Klaus Kinski


Jungle où le baromètre jongle.....
86% d'humidité dans l'air, le lin le plus fin qui vous colle à la peau, tandis que cà et là dans un ciel toujours gris d'immenses chauves souris frôlent cet affluent de l'Amazone qui vous a presque malgré vous amené en terre Iquitos....

Ouvrez bien les yeux, mais fermez la bouche avant que cette toute petite mouche ne pénètre à l'intérieur : Nous sommes en plein coeur des contreforts escarpés du Machu Picchu...

En contrebas, l'Amazone coule et roule une eau épaisse dont la couleur seule fait penser à Colorado river, quand celle-ci sort du Grand Canyon pour aller mourir dans l'océan que l'on dit Pacifique....

Sur l'autre versant de la montagne, le fantôme de l'empereur Manco Capac erre encore dans les ruines d'Altahualpa, maudissant ses deux fils incapables de préserver l'unité de l'empire du soleil.

Fondus au propre comme au figuré dans une jungle où la simple piqure d'un insecte se vit comme la chronique d'une mort annoncée, une poignée d'hommes engoncés dans d'improbables armures déjà rongées au trois quart par la rouille, progressent à travers la jungle .

Nous sommes en l'an de grâce 1560 .
En tête du convoi, un homme s'arrête un instant et d'autorité, stoppe la colonne d'un geste court.
En face d'eux, un serpent géant les défie de ses dix mètres de long.

Personne n'a vu jaillir la lame, et pourtant le serpent n'est plus qu'une masse inerte, un repas pour fourmis géantes, lorsque les hommes encore pétrifiés de peur, tentent de franchir , dans le regard d'Aguirre, le maëlstrom de pensées qui occupent son esprit.

Qui est il ? Erre t il sans but, sans idées, sans chimères, à travers la jungle ou bien, ultime conquistador qui sait parfaitement ce qu'il est et où il va, veut il comme Pizarro, trente ans auparavant, tracer les chemins qui mênent à Eldorado ?

A moins qu' illuminé par la lumière divine, il ne cherche réellement à ce que cette misérable soldatesque parvienne à porter la parole du Christ dans ce pays qui semble oublié de Dieu et des hommes....

Ou bien est-ce tout celà à la fois?

Tout celà, passe et repasse dans le regard d'un homme seul au milieu de tous, dont on devine la colère même lorsqu'il semble calme...

Cet homme pour qui les éléments déchaînés ne sont qu'une perte de temps voire un infime obstacle entre lui et le but qu'il s'est fixé, cet homme est-ce Aguirre, ou bien est-ce l'incarnation de la colère de Dieu ?

Peut être trouverez-vous les réponses à ces questions en allant voir " Aguirre ou la colère de Dieu " de Werner Herzog, dont l'oeuvre restaurée ressort sur grand écran, librement inspirée de la vie de Lope de Aguirre, conquistador espagnol surnommé El Loco - le fou-

En admirant Klaus Kinski dans l'armure d'Aguirre, on ne sait plus qui d'Aguirre ou de Klaus est le plus grand ou le plus fou.....

A moins que celà ne soit les deux à la fois.....
A vous de voir et de revoir Aguirre, ou la colère de Dieu !

Christophe de Cagny