- « Peut- être lisez-vous les gazettes, et dans ce cas, vous rappelez vous ce drame afférent au chavirage d’un bac sur la Loire en Novembre dernier ?D’abord, vous me savez réfractaire à ces mouvements de groupe, desquels mon éducation par trop cléricale, m’a longtemps tenu éloigné.
« - Mais que diable vous fais-je perdre votre temps en bavardages alors que je tiens avant tout à vous conter un événement tellement étrange qu’après tant et tant d’années passées à me demander si cette nuit là, ce n’est pas l’envoyé de, qui ….. »
- « Mais je parle, parle et ne vous conte point !
Or, chemin faisant, et parti de Mirosmesnil où je résidais depuis quelques temps, j'avais fait mien un vieux fiacre, et son rustique cocher tous deux prêtés par une belle amie dévouée peut être davantage que ce qui est souhaitable, mais qui, approchant de la septième année de son veuvage, tentait de s’attacher ma modeste personne par ses petits prêts qui n’ont somme toute de précieux, que l’avantage de vous contraindre à revenir les restituer.
Ainsi fût il de ce fiacre dans lequel je voyageais à destination d’Angers, où devait siéger la commission.

Une bien mauvaise grippe m’avait retenue quelques jours plus tôt et je me remettais difficilement .
- Vous avouerais-je qu’ayant moi-même passé l’âge des boutons depuis
long temps, je ressentais davantage de mal à me remettre de mes maux qu’autrefois…
Et c’est bien mal en point , au vrai dire, que je me recroquevillais contre la fenêtre et tentait de prendre , au moyen de petites inspirations , quelques bouffées d’air humide , qui retenues dans ma bouche, pour mieux l’en réchauffer avant de laisser descendre dans mes poumons, cette fraîcheur si bienvenue.
Quand soudain, au détour d’un bois, j’ aperçus sur le bord de la route, un homme dont le visage blafard, me fît reculer d’un bond tant son aspect premier pouvait paraître effrayant.
C’était un maigre cheminot tout de noir vêtu, un long bâton gris à la main.
Levant l’autre bras dans ma direction, il me fît signe de venir à lui, avec un méchant sourire au coin des lèvres, et des yeux venimeux, comme dans les mauvais rèves .
Au même moment, le fiacre fît un écart, comme contrarié dans sa course par la présence en ces lieux, de ce lugubre étranger.Je l’imaginais chemin faisant, et me mît sans plus penser à lui, aux difficultés des voyageurs peu aisés devant parcourir à pieds de longues distances.
Je regardais machinalement ma montre, à l’instar des gens qui n’ont pas de compagnie à qui parler et n’ayant pas autre chose à faire : il était vingt heures passées et il allait falloir cheminer toute la nuit.
Enfin, nous atteignîmes le relais de poste, où tandis qu’une belle petite bonne s’occupait de nourrir les chevaux, le palefrenier discutait ferme avec mon cocher .
Je n’osais les interrompre afin de leur parler du cheminot. Une fois dans l’auberge, c’est confortablement attablé que je retrouvais ma petite bonne.
Elle s’appelait Ninon, et je pensais déjà qu’elle avait toutes les dispositions requises pour bien s’occuper avec les voyageurs.
Le maître des postes me tira soudainement de ma rêverie : une lettre destinée à la famille de Maupassant, m’avait été envoyée de Mirosmesnil et je la décachetais rapidement :
La missive émanait de ma bienfaitrice et présentait à ma famille ses condoléances suite à ma disparition !
Une fois un gobelet de vin de Loire avalé, je repris mes sens : et je lu:
« - Que vous dire mes bons amis suite à la disparition de Guy lors d’une mission sur les bords de la Loire ….
Suivait une longue mais digne diatribe quand à la conduite de ma vie passée, et surtout, la date de ma prétendue mort : ce même jour à minuit ! ! !

Je saisis avec tant de vigueur le bras de la belle Ninon, que celle-ci cru que tant d’empressement lui vaudrait sans nul doute ma visite à la nuit tombée,
Lorsqu’enfin je hurlais :
- « que l’on selle les chevaux, je pars sans plus tarder.
L’instant d’après, je m’enquis de savoir de quelle manière cette farce d’un goût douteux avait pu m’atteindre, quand le maître des postes me prît par le bras...
à suivre...


Christophe de Cagny, né le 12 Janvier 1964 à Antony, Hauts de Seine , écrivain et homme d'affaires français.